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Connaissez-vous ce joueur de tennis professionnel sourd ?

Tennis

Nous sommes nombreux à suivre chaque année avec attention l’US Open de tennis de Flushing Meadows à New York.

Les parcours de Serena Williams, Raphaël Nadal ou encore Roger Federer passionnent chaque année tous les fans de tennis. Mais laissons un peu les grandes stars de côté et intéressons-nous plutôt à un joueur de tennis professionnel sourd en pleine ascension : Duckhee Lee, un jeune sud-coréen de 20 ans.

Actuellement 236e au classement ATP, Lee avait réussi à se hisser au 130e rang mondial en 2017. Passé pro en 2012 à l’âge de 14 ans, il est également sourd, si jamais cela vous avait échappé… « Je suis très fier de mon parcours, car je suis le seul joueur de tennis professionnel sourd au monde à l’heure actuelle. » a confié Lee à BBC Sport un peu plus tôt cette année. « Je me sens investi d’une grande responsabilité. Chacun de mes pas en tant que joueur de tennis est susceptible d’influencer d’autres personnes sourdes. Je souhaite que ma carrière soit pour eux un message d’espoir. Je veux leur montrer qu’ils peuvent eux aussi dépasser leur handicap et réaliser leur rêve. »

La surdité de Lee

La surdité de Lee a été diagnostiquée lorsqu’il était encore tout petit. Ses parents ont choisi de lui enseigner la lecture labiale plutôt que la langue des signes. Ils l’ont retiré de l’école pour malentendants à son entrée à l’école élémentaire. Le but était de l’intégrer dans le monde des entendants. Pour ce qui est de l’activité physique, les parents de Lee ont écarté les sports collectifs en raison des difficultés de communication. Le tennis faisait partie des options possibles. Cela ne requérait pas de communication verbale avec des coéquipiers. Ce sport offrait également des opportunités professionnelles intéressantes vu le nombre limité d’emplois de longue durée pour les personnes sourdes en Corée du Sud.
Lee s’est emparé pour la première fois d’une raquette à l’âge de sept ans. Il a vu son cousin jouer et s’est aussitôt pris de passion pour ce sport.

La découverte de sa passion pour le tennis

Dans son interview à tennis.com, Lee explique que lorsqu’il tient une raquette entre ses mains, il a beaucoup plus confiance en lui. Il ne lui a d’ailleurs pas fallu longtemps pour prendre la tête du circuit junior en Corée du Sud. Mais malgré sa troisième place au classement ITF junior, nombre de coachs et d’entraîneurs n’ont alors pu s’empêcher de s’interroger sur sa capacité à réussir en compétition professionnelle en l’absence de repères sonores. Entendre la raquette de son adversaire frapper la balle peut, par exemple, influencer le temps de réaction. Donc la tactique adoptée.

Si ces doutes ont parfois pu lui donner envie d’abandonner, ils l’ont finalement poussé à rester dans l’arène pour convaincre les sceptiques. Ça n’a pas toujours été facile. Mais jour après jour, il leur prouvait qu’ils avaient tort. Lee a participé à son premier tournoi du circuit pro ITF à seulement 14 ans ! Dunkhee a depuis remporté un certain nombre de titres sur ce circuit. Il a aussi atteint les quarts de finale et demi-finales dans quelques tournois de l’ATP Challenger Tour. Il a perdu contre de grands joueurs comme Dudi Sela, Lukas Rosol et Vasek Pospisil.

« Si ces doutes ont parfois pu lui donner envie d’abandonner, ils l’ont finalement poussé à rester dans l’arène pour convaincre les sceptiques. »

Outre son travail actuel pour réussir à remporter son premier tournoi ATP, Lee s’est fixé deux objectifs importants : se faire une place parmi les 100 premiers et être qualifié d’office dans un tournoi du grand Chelem (sans passer par un tournoi de qualification). Pour contourner les difficultés liées à sa perte auditive, il se fie à ses autres sens, notamment la vue. Duckhee Lee a expliqué à Tennis World sa stratégie pour affronter ses adversaires. « J’observe attentivement l’élan et le mouvement de mon adversaire pour anticiper le jeu. Cela requiert une extrême concentration visuelle et une prise de décision ultra rapide pour le coup suivant. » indique Lee. « J’essaie de regarder un maximum de matchs d’autres joueurs sur Internet pendant mon temps libre. J’ai besoin de m’entraîner à partir d’images. Elles me permettent de mieux comprendre la situation que des directives orales. »

À lire également : Faire du sport et communiquer malgré sa déficience auditive

Les défis qu’il a relevés

Les annonces des arbitres sont l’une des plus grandes difficultés à surmonter. Lee confiait en effet à ATP World Tour Uncovered que cela a parfois entravé le cours de certains match. En effet, la gestuelle des arbitres (parfois différente d’un pays à l’autre) peut prêter à confusion. En outre, s’agissant de tournois internationaux, les arbitres ne parlent pas forcément sa langue. Ce qui peut compliquer la lecture labiale. « Je peux communiquer simplement en anglais avec les autres joueurs en lisant sur leurs lèvres. Mais il m’est impossible en revanche d’avoir de longs échanges avec les arbitres et les représentants officiels de l’ATP lorsque cela est nécessaire. » explique Lee. « Les joueurs sourds sont constamment obligés de regarder l’arbitre et de consulter le tableau d’affichage pour suivre les scores », indiquait le juge de ligne, David Bayliss à BBC Sport. « Mais certaines situations sont problématiques comme lorsqu’une balle de service touche le filet et qu’ils ne l’entendent pas. L’arbitre doit alors interrompre l’échange. »

S’efforcer d’être le meilleur

Malgré les difficultés, Lee garde une attitude positive. « Dans la mesure où je n’ai jamais entendu auparavant, je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemblerait mon jeu si je pouvais entendre », déclare Lee. « La surdité fait partie de ma vie de joueur de tennis. Cela joue parfois en ma défaveur, mais ça ne m’a jamais découragé. »

« La surdité fait partie de ma vie de joueur de tennis. Cela joue parfois en ma défaveur, mais ça ne m’a jamais découragé. »

D’aucuns diraient même que ne pas entendre les huées de la foule est un avantage. « Il me semble que faire abstraction des distractions potentielles puisse être un avantage », affirme Judy Murray, coach de tennis et mère du double vainqueur de Wimbledon Andy Murray. Judy Murray explique qu’elle a vu Lee jouer sur le circuit junior à l’époque et pense qu’il est un véritable modèle pour les futurs joueurs sourds. « Un handicap ne se résume pas à ce qu’une personne ne peut pas faire, mais plutôt à tout ce qu’elle peut faire », affirme-t-elle. « [Lee] possédait de toute évidence beaucoup de talent. Il ne laissait pas sa surdité avoir le moindre impact sur la direction qu’il souhaitait donner à son jeu et c’était merveilleux à voir. »

Même le numéro un actuel, Rafael Nadal, que Lee admire, l’a applaudi pour sa « grande détermination et son mental d’acier ». Le champion a d’ailleurs invité Lee à s’entraîner avec lui lors des Internationaux de France de tennis 2014. Ce dernier avait à peine 16 ans ! S’il n’a pu se qualifier pour l’US Open de cette année, Lee a participé au Next Generation ATP Finals à Milan. Ce tournoi met en avant les jeunes talents de l’ATP World Tour et réunit les sept joueurs de moins de 21 ans les mieux classés à l’ATP, ainsi qu’un invité issu d’un tournoi de qualification. Quoi qu’il en soit, je suis persuadé pour ma part que Lee fera parler de lui à l’avenir !

Connaissez-vous d’autres joueurs de tennis professionnels sourds ? N’hésitez pas à nous en parler en commentaires !

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