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Faire du sport et communiquer malgré sa déficience auditive

Sport

Que vous soyez acteur ou spectateur, le sport occupe une grande place dans notre culture actuelle. La communication est essentielle à la pratique d’un sport. Mais elle est différente pour les athlètes sourds et malentendants qui doivent recourir à une communication visuelle.

J’ai fait du sport en compétition pendant toute ma vie, mais cela n’a pas été sans obstacles. En tant que personnes malentendantes ou sourdes, nous devons, comme bien souvent dans notre vie, apprendre à nous adapter pour allier communication et pratique sportive. Comment y arriver et qu’est-ce que cela implique exactement ? En ce qui me concerne, ce qui m’aide le plus ce sont les indices visuels. Cela signifie décoder le langage corporel des autres, reproduire les mouvements de ceux qui m’entourent, indiquer une direction par des gestes, etc.

La natation

Certains sports ne vous permettent pas de porter vos aides auditives, la natation par exemple.

Si vous avez déjà participé à une compétition de natation, vous savez que le départ d’une course est donné par un signal sonore ou un coup de sifflet. Mais vous conviendrez que le système n’est pas vraiment idéal pour qui n’entend pas, non ? Il existe des aides auditives étanches, mais je n’ai jamais aimé cela et ai toujours refusé d’en porter.

Il fallait pourtant bien trouver un moyen de savoir quand partir. Avant chaque course, nous (mon entraîneur, ma mère et parfois moi) allions parler au juge-arbitre chargé de lancer la course. Nous lui demandions poliment s’il pouvait abaisser son bras au moment du coup de sifflet, un peu comme un drapeau de départ de course. C’était un peu bizarre d’être à l’origine de ce changement de système le temps d’une course. Mais j’adorais nager et je n’allais pas laisser un détail m’empêcher de participer à une compétition de ce sport.

Le tennis

En tennis, j’ai souvent eu du mal à comprendre ce que mon coach situé à l’autre bout du court me disait pendant un entraînement. Surtout lorsqu’il était trop loin pour que je puisse lire sur ses lèvres. Je décryptais son langage corporel pour comprendre ce qu’il me disait. S’il changeait sa façon de tenir la raquette, cela voulait généralement dire qu’il fallait que j’en fasse autant. S’il lançait son bras en l’air, alors je devais lancer la balle plus haut pour servir. Pour la plupart des exercices, je suivais quelqu’un pour voir ce que j’étais censée faire.

Le football

En football, la communication est cruciale ! Je me souviens de l’éternel refrain de mon entraîneur sur l’importance de communiquer entre nous. Criez « ça vient », « écartez », « montez », « balle en retrait », n’importe quoi pourvu que vos coéquipières sachent ce qui se passe autour d’elles.

Le football européen repose sur des tactiques de jeu. Mais cela ne fonctionne pas de la même manière qu’au football américain où les joueurs se rassemblent pour décider de la stratégie. Trouver une forme de communication adéquate est sans doute la chose la plus importante dans ce sport. J’avais tendance à paniquer un peu à chaque fois que je perdais la balle, ce que j’attribuais au fait de ne pas toujours réussir à entendre quelqu’un arriver derrière moi ou me crier quelque chose depuis l’autre bout du terrain.

J’avais peur que mes coéquipières ne me reprochent d’avoir manqué la balle. Les jours de pluie, c’était pire, car je devais enlever mes aides auditives. Il m’est arrivé lors de certains matchs de ne rien voir à cause de la pluie et de ne rien pouvoir entendre non plus. Dans le genre compliqué, difficile de faire mieux… Dans la mesure où je n’entendais pas toujours, il m’a fallu m’entraîner (et j’y travaille encore) à garder la tête relevée et à toujours être à l’affût.

Les autres sports

Je n’ai, en ce qui me concerne, jamais joué au basket, au football américain ni même au baseball, l’un des sports notoires où les joueurs utilisent des signes pour communiquer les tactiques.

Le “huddle”, formation circulaire caractéristique au football américain, a été créé en 1892 à l’université Gallaudet pour sourds et malentendants. C’est le quarterback Paul Hubbard qui en est l’auteur : il l’a créé en jouant afin d’empêcher l’équipe adverse de savoir quelles tactiques allaient être utilisées. Le rassemblement circulaire permet aux joueurs d’être les seuls à voir les signes et de pouvoir communiquer efficacement.

De la même façon, au basket, le meneur utilise généralement des numéros pour annoncer une stratégie en particulier. On se demande d’ailleurs pourquoi tous les sports n’adoptent pas plus souvent cette forme de communication. Les indices visuels sont essentiels pour qui pratique un sport. Pourquoi ne pas adopter les signes et en faire plus souvent l’usage ?

À lire également : Le sport, mes aides auditives et moi !

Ceci dit, ce qui me plaît dans le sport, c’est justement le côté très visuel de la chose. Car la plupart des personnes sourdes ou malentendantes comme moi s’appuient principalement sur l’environnement visuel. Nous nous réjouissons donc de pouvoir pratiquer une activité qui révèle davantage nos forces que nos faiblesses.

« Nous nous réjouissons donc de pouvoir pratiquer une activité qui révèle davantage nos forces que nos faiblesses. »

La communication dans le sport consiste avant tout à créer un état de vigilance autour de vous et de vos coéquipiers pour s’assurer d’être sur la même longueur d’onde. Ayez toutefois à l’esprit que ce qui fonctionne pour moi peut ne pas fonctionner pour vous. Il vous faudra peut-être tâtonner avant de trouver la meilleure manière d’interagir avec les autres sportifs. Au bout du compte, les récompenses qu’on retire de la pratique d’un sport en compétition dépassent toutes les difficultés que nous devons surmonter en tant qu’athlètes sourds ou malentendants.

Quels sont vos conseils et astuces pour communiquer lorsque vous pratiquez un sport ?

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