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Adolescents sourds : 7 conseils que je donnerais à mon adolescent

Adolescent

Désormais âgée d’un peu plus de 20 ans, je contemple mes années d’adolescence en pensant aux quelques leçons de vie utiles dont j’aurais aimé pouvoir profiter à l’époque. Notamment lorsqu’il m’a fallu surmonter certaines difficultés liées à ma perte auditive.

Voici sept des conseils les plus précieux que j’irais donner à mon adolescent.

1) Aime-toi et accepte-toi

Bateau, je sais. C’est pourtant la base pour réussir à être totalement soi-même, que vous ayez une déficience auditive ou non. Prenez conscience de la chance unique qui vous a été donnée de profiter de cette merveilleuse expérience qu’est la vie. Ce n’est pas parce que vous souffrez de perte auditive que votre vie ne vaut pas autant ni plus que celle de n’importe qui d’autre. Elle est juste différente et c’est ce qui la rend belle. L’un de vos sens est peut-être diminué, mais je suis prête à parier que vous avez d’autres superpouvoirs pour compenser !

2) Sois plus aimable avec ceux qui sont tout simplement dans l’ignorance

Quand j’étais adolescente, je me sentais souvent offensée, j’éprouvais de l’impatience ou de l’aversion lorsque quelqu’un avait le mauvais goût de me parler très fort, de surarticuler ou de me parler comme si j’étais particulièrement idiote et pas comme si j’étais simplement sourde. C’est quelque chose qui me consumait, j’avais le sentiment d’être toute petite et insignifiante. Je réagissais parfois avec un peu d’agressivité ou rêvais de pouvoir me venger en leur faisant éprouver ce sentiment à leur tour. En vieillissant, je m’aperçois que ces gens ne savent tout simplement pas. Ce sont parfois des gens vraiment très bien qui pensent réellement nous aider en agissant ainsi. Mais s’ils n’ont jamais rencontré ni adressé la parole à une personne malentendante ou sourde, ils ne savent tout simplement pas comment s’y prendre pour lui parler comme elle souhaiterait qu’ils le fassent. Plutôt que de laisser mon insécurité me pousser à dresser des murs et à ressentir de l’agressivité, de l’impatience, de la tristesse, de la colère ou toute autre émotion négative, je leur laisse désormais le bénéfice du doute. Je pars du principe qu’ils ne sont pas conscients de ce qui est mieux pour nous plutôt que de penser qu’ils sont ignorants et impolis.

« Je pars du principe qu’ils ne sont pas conscients de ce qui est mieux pour nous plutôt que de penser qu’ils sont ignorants et impolis. »

Si jamais cela vous arrive, essayez de leur faire comprendre gentiment ce que vous préféreriez. Indiquez-leur que la manière dont ils interagissent avec vous n’est pas idéale ou vous met mal à l’aise. S’ils écoutent et changent leur façon de faire, c’est génial ! Ils ont appris quelque chose de cette expérience et se sentiront probablement plus à l’aise à l’avenir pour vous parler. S’ils ne changent rien à leurs méthodes d’interaction, félicitez-vous d’avoir géré la situation au mieux et avec amabilité.

À lire également : 10 idées reçues sur la perte auditive

3) Ta perte auditive est ce que tu en fais

Dans l’univers du « handicap » et dans le monde sonore dans lequel nous vivons, ne pas entendre peut être perçu comme une chose négative. Nous ne sommes pas parfaits. Nos méthodes de communication changent. Nous passons peut-être à côté de quelque chose en ne profitant pas de ce large spectre sonore. Nous portons des aides auditives dans nos oreilles et nous utilisons les sous-titres pour regarder la télévision. Tout cela n’entre peut-être pas dans le cadre de la « normalité » ni de la majorité. Mais cela ne veut pas dire qu’une perte auditive doit nous « handicaper » de quelque manière que ce soit. Une perte auditive est ce que vous choisissez d’en faire. Si vous en faites une affaire d’État, cela deviendra une affaire d’État. Si c’est pour vous la pire chose qui vous soit jamais arrivée, alors ce sera le cas. Et si vous en faites la MEILLEURE chose qui vous soit jamais arrivée, alors voilà ce que ça deviendra. Si vous acceptez qu’elle définisse qui vous êtes, alors c’est ce que VOUS serez.  Si vous choisissez de la laisser vous empêcher de vivre vos rêves, c’est votre choix. Et si vous l’utilisez pour vous permettre de réaliser vos rêves, c’est encore un autre choix.

« Une perte auditive est ce que vous choisissez d’en faire. »

Vous projetterez à l’extérieur le reflet de ce que vous avez à l’intérieur. Si vous ressentez beaucoup d’animosité vis-à-vis de vous-même, à cause de votre déficience auditive, les gens sentiront ces vibrations émaner de vous. Si vous êtes sûr de vous et que vous vous aimez, les gens le verront et le percevront également. Nous n’avons qu’une seule vie à vivre et elle est extrêmement courte. Elle est trop courte pour que vous perdiez votre temps à ruminer à cause de votre déficience auditive ou à espérer que les choses soient différentes. En fin de compte, il n’y a rien que vous puissiez faire si ce n’est l’accepter et composer avec. Profitez au maximum de tout ce qui s’offre à vous en tant qu’adolescent et votre vie sera certainement riche et comblée.

4) Apprécie la valeur de toutes ces situations inconfortables

Si on m’avait donné un euro à chaque situation inconfortable que j’ai pu vivre à cause de ma déficience auditive, j’aurais sans doute de quoi m’offrir un voyage à Hawaï aujourd’hui. Mais vous voulez que je vous dise ? Je ne changerais rien, car chaque situation m’a permis d’apprendre quelque chose. J’ai appris à gérer ces situations à force d’essais et d’erreurs. J’en ai plus appris sur moi-même à travers ces expériences. J’ai découvert les limites et le champ des possibles. J’ai appris à connaître mes réactions, à distinguer celles qui fonctionnaient de celles qui ne fonctionnaient pas. Par-dessus tout, ces expériences m’ont rendue plus forte en me permettant d’élargir mes connaissances, de les développer et de les faire mûrir.

« Je ne changerais rien à rien, car chaque situation m’a permis d’apprendre quelque chose. »

Certaines situations peuvent être douloureuses, difficiles, voire inconfortables par moment. Surtout quand on est adolescent. Mais n’oubliez pas que c’est ce qui vous permet d’apprendre et de grandir. N’oubliez pas non plus que vous n’êtes pas seul. Chacun traverse ce genre de moments inconfortables, mais que la manière dont vous choisissez de les gérer n’appartient qu’à vous.

5) Ne gaspille ni ton temps ni ton énergie pour des personnes/choses nocives

Ces situations inconfortables peuvent être le fait d’une personne ou d’un événement particulier. Quelqu’un s’est peut-être moqué de votre déficience auditive ou bien il s’agit d’un mème sur Internet qui tourne en ridicule les personnes malentendantes/sourdes. Le monde qui nous entoure est peuplé de gens vraiment très désagréables. Avec un peu de chance, vous n’aurez jamais à les croiser, mais parfois la chance n’est malheureusement pas au rendez-vous. Ce dont vous devez surtout vous rappeler, c’est que si ces gens vous font vous sentir mal, c’est avant tout parce qu’ils ne se sentent pas bien eux-mêmes. Bateau une fois encore, mais tellement vrai. Ces gens ont leurs propres problèmes qu’ils reportent sur vous, allez savoir pourquoi.

« Ce dont vous devez surtout vous rappeler, c’est que si ces gens vous font vous sentir mal, c’est avant tout parce qu’ils ne se sentent pas bien eux-mêmes. »

Si cela vous arrive, essayez de ne pas oublier que vous êtes merveilleux tel que vous êtes. Efforcez-vous de ne pas gaspiller votre temps ou votre énergie à ressasser ce que cette personne vous a dit ou fait. Il est tout à fait normal d’être touché par des paroles ou des actes blessants, mais ne ruminez pas cela trop longtemps. Rappelez-vous que les personnes qui vous blessent ont leurs propres insécurités, imperfections ou problèmes à gérer. Elles ne méritent pas que vous leur consacriez toute votre formidable énergie. Éloignez-vous de ce genre de personnes et poursuivez votre petit bonhomme de chemin. Ne prenez pas au pied de la lettre les contenus offensants trouvés sur Internet (réaction totalement vaine, à moins de vraiment pouvoir faire avancer la situation par des actes) et passez à autre chose.

6) Accepte l’aide des gens, mais préserve ton indépendance

Il est important de savoir reconnaître à quel moment il est nécessaire de demander de l’aide et quand il est possible de se débrouiller par soi-même. Que vous soyez farouchement indépendant ou à l’inverse assez dépendant, réussir à trouver ce juste milieu peut résoudre bien des situations. Je pencherais, pour ma part, plutôt du côté d’une grande indépendance. Je n’aime pas particulièrement demander de l’aide. Quelquefois, je choisis ma fierté plutôt que de laisser quelqu’un m’aider ou participer. Je tais aussi parfois certains de mes besoins plutôt que de les exprimer. Il m’arrive donc dans ces cas-là de passer à côté d’informations importantes et de ne pas profiter au maximum de certaines expériences. J’ai peu à peu appris que m’exprimer et faire part de mes besoins aux autres me permettait de lutter contre l’exclusion. Les expériences n’en sont alors que plus riches !

« J’ai peu à peu appris que m’exprimer et faire part de mes besoins aux autres me permettait de lutter contre l’exclusion. »

N’ayez pas peur de demander de l’aide lorsque vous en avez réellement besoin : pour passer un coup de téléphone, comprendre un discours important prononcé par une personne inintelligible, demander à quelqu’un de se répéter, prendre des mesures de précaution supplémentaires lorsque la situation l’exige. En revanche, être trop dépendant peut entraver votre capacité à être autosuffisant. Si vous demandez de l’aide avant d’avoir essayé par vous-même ou exploré d’autres options, vous n’utilisez peut-être pas tout votre potentiel !

7) Profite des avantages

Puisqu’on nous range dans la catégorie des « personnes handicapées » dans de nombreuses situations, j’essaie d’en faire un avantage. J’ai, par exemple, le droit de prendre l’avion avec ma chienne, car il s’agit de mon animal d’assistance. Je peux faire semblant de ne pas avoir entendu quelqu’un si, pour une raison quelconque, je préfère éviter toute communication. Gageons que les gens se souviendront de vous tant vous êtes unique. Parfois, les prix des trains, des ferries, des entrées sont proposés avec des réductions pour les personnes handicapées.

« Gageons que les gens se souviendront de vous tant vous êtes unique. »

Je peux me soustraire à l’obligation de participer à un jury. En effet, il est fort probable que je ne sois pas en mesure de comprendre/d’entendre l’intégralité du procès. Je peux dormir sans être gênée par les petites fêtes organisées par mes colocataires. Je peux voir le monde d’une manière dont peu de gens sont capables. À l’université, il m’est arrivé que des étudiants viennent me trouver pour une interview pour un cours ou un article de journal sur ma déficience auditive, c’est plutôt flatteur ! Profitez de ces avantages chaque fois que vous le pouvez !

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